Il y a de cela
Déjà
Ta Naissance
Unique
Le souffle des saisons
Telle une évidence infinie
Puis
Ce départ
Le vent froid
Le silence de ton odeur
Mille et un détails écrits
L’ombre de l’attente
En ce jour embué
Tu as 12.000 kilomètres
Tu es distance… Atlantique… Vague échouée... Terre de feu
Copyright Eric Lemoine
Perdue entre cette Terre Africaine et l’Occident
Le silence et l’abandon – Le temps d’un voyage
Les étoiles se perdent dans le ciel bien trop éclairé
La femme, à la couleur miel dort, enfin
Apaisée, réconfortée
Instinct originel, à l’horizon ___ les siens
Copyright Eric Lemoine
Aux urgences - à l’hôpital -
j’ai observé la vie en apnée. La mort rieuse et cela sentait bon la comédie. Des morts inévitablement jouaient à vivre malgré la douleur, malgré l’instant du mouvement qui devait s’arrêter, malgré l’inutilité à continuer, malgré tant de petites raisons pour ne pas devenir enfin quelque chose qui doit cesser. L’important, l’encore, la peur et la certitude de devoir continuer car… L’homme se croit si indispensable. Il y a Dieu pour les uns, un Architecte pour d’autres et tant de croyances de dernières minutes et il y a ce fameux Moi surtout prêt à renoncer à tout pour quelques instants. La quête de l’immortalité et de la mesquinerie ou l’instinct de survie ?
Je me suis souvenu alors de cet article émanant du Courrier International en date du 18 au 31 décembre 2008 « Ces civilisations qui disparaissent » qui a fait écho et celui de Science & Vie de février 2007 « Notre cerveau est adapté à un monde qui n’existe plus ».
Alors j’ai entendu l’homme dans toute sa splendeur, sa solitude, sa souffrance, sa peur, ses incertitudes et même ses espoirs. Et puis j’ai entendu d’autres affres, des cris tellement plus bouleversants qui émanaient de toutes les autres espèces qui composent notre monde… J’ai eu honte d’être un homme et j’ai fait silence et implorait leur pardon.
L’homme est paraît-il un loup pour lui-même mais cela est bien réducteur pour… les loups évidemment ! Ce prédateur comme tous les autres qu’ont-ils réellement en commun avec l’espèce humaine ? Pas l’argent assurément, pas ce besoin (ou pire ce désir peut-être) de violer sauf chez le gorille… J’entends déjà les murmures « comme l’homme les prédateurs défendent un territoire, il y a un meneur, un chef de meutes… », oui c’est vrai. Nous avons donc quelques points en commun mais ceux-ci ne remontent-ils pas très loin dans le temps ? A la période préhistorique ou l’homme était dans un milieu terriblement hostile et qu’à chaque instant de sa vie, il risquait de mourir. A cette période, il vivait avec la nature (pas contre) et il a appris à en connaître les subtilités au fil du temps de par son expérience et de par ses expériences. L’homme s’est transformé, s’est adapté dirons certains mais je n’en suis pas su sûr. Car il y aurait peut-être à développer une autre notion, celle qui consisterait à dire que l’homme à défaut de s’adapter à la nature, l’a adaptée à ses propres besoins et ce, depuis le début.
Il a appris à faire du feu, à parler, à faire des guerres encore et encore, à aller dans l’espace avec l’idée de coloniser, de piller d’éventuelles richesses. Certains dirons de comprendre sans doute mais pour quel dessein ? Désormais, l’homme essaye désespérément de retarder la vieillesse. Un des problèmes de l’homme en fait est qu’il a traversé les siècles avec cet esprit préhistorique. Il n’a pas évolué intrinsèquement parlant, il est resté le même, a juste modifié de quoi rendre son quotidien matériel meilleur. C’est tout. Il n’est pas adapté tout simplement. Il adapte, il transforme, il détruit, tue, méprise avec arrogance et ignorance.
L’homme pense parfois, oui, il se targue de penser et de comprendre des choses. Il théorise bien souvent sans se préoccuper de la disparition de son environnement. Toutes ces civilisations qui ont déjà disparues et qui disparaissent encore. En silence surtout, pour ne pas éveiller une éventuelle conscience ! L’homme ne regarde que dans la direction qui lui apporte un peu plus de confort personnel. C’est malheureusement tout. Il en a même oublié sa tribu, sa provenance. Ce n’est pas de l’adaptabilité au monde qui l’entoure et/ou aux événements. Ce n’est pas non plus une notion de survie. L’homme n’a pas des enfants pour la survie de ses congénères, pour la pérennité de la race humaine. Il veut seulement une descendance pour le rassurer, pour son ego, le perdurer dans sa peur existentielle de sa propre mort. L’homme se suffit à lui-même lorsqu’il se croit seul sur cette terre à détenir une vérité qui lui échappe depuis toujours. Alors, il s’invente des dieux, des contes, des rituels…
L’homme recule inlassablement à chaque fois qu’il tente d’avancer sur des technologies nouvelles qui à défaut de faire évoluer sa conscience lui permet de se divertir.
Pour autant, est-il plus heureux ? Est-il devenu meilleur ? Est-il plus intelligent ?...
Non, sans compromission.
A quoi sert l’homme ? Quel est son apport dans ce monde ? Quelles petites misères va-t-il encore commettre au nom de son intelligence que les autres espèces n’auraient pas ou pas assez ?
Actuellement, il y a un début de conscience car l’homme se sent acculé à une vérité grandissante la disparition de sa civilisation ou pire encore de son espèce. Alors, l’homme s’agite, se débat. Non point qu’il faille s’adapter mais encore et toujours comment adapter notre monde à nos petites préoccupation si invisibles face à l’univers. Sans pudeur aucune, l’homme cherche à modifier plus encore pour son confort et accessoirement pour sa survie sans se préoccuper de celles des autres.
Le paradoxe est à son comble pour un humaniste et un écrivain engagé, un père aussi de se surprendre à penser que cela suffit de continuer, de faire semblant, de se donner une raison encore voire ultime. Loin de moi l’idée de vouloir démotiver celles et ceux qui veulent apporter leur pierre à l’édifice de la grandeur de l’homme. Ce que j’appelle sa sublime petitesse. Loin de moi l’idée de vouloir mourir de suite mais… je ne veux plus contribuer - loin s’en faut - à tenter de sauver l’homme au détriment des autres espèces pour lesquelles, j’ai plus de respect en définitive. Alors que faire ?
Ne pas. Ne plus. Regarder mes enfants grandir et leurs enfants peut-être avec l’espoir secret qu’ils pourraient vivre mieux sans pour autant détruire et piétiner ce qui reste de ce monde qui n’a jamais été notre propriété mais une colocation dont nous ne sommes pas dignes.
J’espère mais je ne vais plus participer à cette comédie dramatique.
J’ai honte de nos pulsions, de nos envies, de nos désirs car nous nous sommes éloignés de nos besoins. Et moi, plus que les autres sans doute.
Alors, je vais m’asseoir, faire silence et regarder sans contempler… la fin de l’espèce humaine j’espère car s’il en est autrement cela voudra dire que nous aurons exterminé encore et encore les autres espèces.
Que la force de la nature reprenne le dessus sur la non raison de l’homme.
Que les loups survivent à l’homme.
J’ai dit.
Copyright Eric Lemoine
La femme entre précipitamment dans l’appartement et ferme la porte à double tours. Elle ne prend même pas le temps de retirer son manteau, jette son sac sur le divan et se lave les mains avec de l’alcool. Sarah et Andréas la regarde sans parler se détournant à peine de leur lecture. Leur mère calfeutre le bas de la porte et colle un large sparadrap aux contours de celle-ci. A force de répéter des gestes on en devient esclave et l’on en perd bien souvent le sens de la réalité.
- Ca y est, les enfants, c’est fait ! On est totalement protégé ! Et devinez quoi, j’ai réussi à avoir 3 masques, dit-elle apparemment satisfaite en embrassant ses enfants.
- Mais maman, tu ne crois pas que tu exagères un peu ? demande Sarah du haut de ses 11 ans avec une voix tout à fait tendre.
- Les enfants, si moi je ne vous protège pas qui va le faire ?... Grâce à moi, on a échappé aux attentats du 11 septembre, ceux du métro, aux prises d’otages, à la grippe aviaire, au scratch de l’Airbus et aujourd’hui à la grippe A et demain…
- Maman… interrompt Andréas.
- Quoi mon ange, mon bébé ? dit-elle en le prenant dans ses bras comme lorsqu’il avait 1 an.
- J’ai 9 ans et tu sais bien que le 11 septembre nous étions en France, que nous n’avons jamais habité à Paris car tu dis tout le temps que c’est une ville trop dangereuse et trop polluée, que nous n’avons jamais été à l’étranger car il y a des microbes inconnus et des kidnappeurs, que l’avion n’est pas un moyen naturel car on n’est pas des oiseaux.
- Vous avez encore eu votre grand-père au téléphone, hein Sarah ?
- Oui, maman. Il t’embrasse.
- Que vous a-t-il raconté cette fois, quels exploits encore a-t-il accomplis?! dit la mère visiblement inquiète.
Elle s’assoit dans le fauteuil, lasse, exténuée de toutes ses peurs, à protéger ses enfants contre le monde entier, à s’inventer des angoisses même lorsqu’il n’y a rien à craindre et à se torturer lorsqu’il y a des dangers. Elle attend une réponse ne se rendant même pas compte que ses propres enfants ont appris à prendre du recul sur sa surprotection, Il a bien longtemps que Sarah et Andréas ont appris à s’éloigner de la peur sans pour autant ignorer le danger. Les deux enfants ont bien compris que l’on pouvait affronter beaucoup de situations même celles qui semblent parfois périlleuses dès-lors que l’on appréhende avec intelligence le danger éventuel. Ils ont compris que - bien au contraire - admettre que tel endroit est dangereux permet d’en évaluer les risques pour justement les diminuer.
- Maman, grand-père revient de Madagascar. Il a fait attention, comme toujours, à lui. Il ne lui ait rien arrivé de grave. Il s’est juste fait une entorse au retour de son voyage.
Il a rencontré des gens extraordinaires, d’une grande gentillesse et d’une profonde sagesse. Il a fait une promenade sur les plages à dos de tortues géantes, il a passé plusieurs jours dans les montagnes en compagnie des lémuriens. Il a parcouru les Hauts Plateaux et a remonté le fleuve Rouge en pirogue, vu des paysages et des couleurs dont on ne pouvait en imaginer les beautés et il a vu aussi des baobabs aussi hauts que les nuages. Il a entendu et écouté des sons inconnus, des instruments de musique, les rires des enfants si pauvres mais naturellement si heureux.
Maman, plus tard, nous ferons le tour du monde avec grand-père pour apprendre, partager, vivre…
- Oui, plus tard, je serai grand-reporter pour découvrir tous les peuples du monde, surenchère Andréas.
Le soir même, la petite famille apprenait la mort du voisin, suite à une chute dans les escaliers.
Copyright Eric Lemoine
Après les vents
les incendies
les inondations
La désolation d’une trahison.
L’ombre obscure du prénom
Se taire
Résister
Panser sa colère Arracher ses pleurs
Effacer ses rides
Avancer sans fatigue
Jusqu’aux Rivages
Jusqu’à vos Visages
Déformer les frontières
Repousser les terres
Affronter la création destructrice
Ne pas accepter l’irréparable
Dessiner – Caresser – Enfanter… l’acceptable
Vous attendre
Vous retrouver
Vous murmurer…
Copyright
Eric Lemoine
- « Dans les histoires tout est toujours possible comme parfois dans la vie », dit la voix sans nom.
J’étais enfant et bien malheureux comme ma grande sœur d’ailleurs. Mes parents venaient de divorcer. Au tout début, nous n’étions pas trop tristes et puis même un peu contents car nos copains nous avaient expliqué tous les avantages : terminé les disputes, plus de jouets qu’avant, deux chambres et deux maisons, ce que l’on ne pouvait pas avoir avec l’un il suffisait de le demander à l’autre, on pouvait moins bien travailler à l’école car on avait une bonne excuse et puis tant de choses encore.
- Il suffit parfois de se taire et d’observer ce qui se passe juste à côté de nous ou du moins pas bien loin et d’en profitez, dit la voix sans nom mais colorée.
Mais pour ma sœur et moi, cela s’est vite transformé en un grand malheur lorsque notre mère a voulu repartir vivre dans son pays ! Ah, oui ! Je ne vous l’avais pas encore dit : notre père était français et notre mère était argentine. Je dis « était » car depuis ils sont morts de vieillesse… Non, ne soyez pas triste car c’est normal de mourir de vieillesse. Et je vais même vous confiez quelque chose pour vous rassurer : la nuit lorsque je plie mes yeux dans les draps et mes vieux os dans le lit, je les vois encore et j’entends même leur voix.
Notre mère avait donc décidé de nous emmener dans son pays « à l’autre bout du monde du bout de rien du tout », comme disait mon père pour se moquer du village où nous habitions.
- Vos parent vont bien, j’ai encore pris le thé avec votre mère cette semaine et j’ai joué au ballon avec votre père, dit la voix sans nom colorée de toutes les couleurs.
C’est à ce moment là que nous avons compris le problème d’avoir deux cultures différentes lorsque l’un des deux veut rentrer dans son pays. Avant qu’ils ne divorcent, si vous saviez comme nous en étions fiers, nous avions de la famille sur deux continents, nous parlions deux langues. Mais c’est après… que l’on a subi les inconvénients.
- Soyez fiers car c’est justement la rencontre et le mélange des cultures qui sauvera les hommes, dit la voix au début de visage.
Nous sommes donc partis là bas au pays des condors. A l’époque, la « garde » des enfants comme on disait, c’était la mère qui en avait le droit. Nous étions malheureux pour notre père et lui pour nous. Ma sœur et moi n’avons jamais oublié le jour du départ, nous étions assis par terre contre la voiture à regarder en face de nous. Nous lancions des pierres contre l’injustice, des pierres de plus en plus loin et de plus en plus fort… notre père s’est assis entre nous deux en nous rapprochant contre lui. Il a parlé doucement avec des larmes discrètes qui coulaient le long de ses joues.
- Dans les histoires tout est possible. Il suffit d’y croire et de le vouloir… On va se retrouver bientôt d’une façon ou d’une autre. Je vous aime plus que tout et gardez espoir mes enfants.
Par pudeur, je ne vous raconte pas la suite…
- Tu as bien raison de garder ton jardin et tes secrets, dit la voix au visage terminé.
Nous avons donc pris l’avion jusqu’à Buenos Aires puis nous avons roulé en bus toute une nuit. Je m’en souviens encore car ce voyage avait duré 2 jours et nous avions des grosses valises et des cartons. Chaque kilomètre nous éloignait un peu plus de la France, de nos amis et surtout de notre père qui lui ne pouvait pas venir. L’un voulait partir et l’autre voulait rester. Ils avaient leurs raisons et leurs obligations mais nous la dedans ?…Ma sœur et moi, nous aimions nos deux parents tout autant et nous voulions vivre avec l’un mais pas loin de l’autre. C’est tout. Mais je crois que personne n’a vraiment entendu nos pleurs. Et là encore, il suffit aussi de regarder le silence pour y entendre les angoisses et le manque de deux enfants.
- Si vous saviez comme l’espoir est bien souvent plus puissant que la réalité, dit la voix dont le corps doucement apparaissait.
Nous vivions depuis plus de trois mois dans une petite maison au pied des montagnes et de ce fameux village perdu. Soit il y faisait très chaud ou soit il pleuvait car c’était la saison des pluies. C’était l’été en Amérique du sud et l’hiver en Europe et le tout avec un décalage horaire de 4 heures. Il n’y avait pas grand chose à faire alors ma sœur et moi, avions pris l’habitude de jouer dans un bois où coulait une rivière jusqu’à ce fameux jour.
- Bientôt vous retournerez en France pour profitez de l’été et des plages, dit la voix au corps complètement terminé.
Un orage terrible était arrivé soudainement et le ciel s’était assombri comme s’il faisait nuit. Nous avons eu peur et nous nous sommes mis à l’abri sous notre cabane en bois. Nous attendions et au bout de plusieurs dizaines de minutes ma sœur m’a montré un drôle de mouchoir multicolore situé à quelques mètres de nous. Il s’agissait en fait de lucioles collées les unes aux autres. Elles se sont mises à clignoter comme pour nous dire bonjour. Puis le mouchoir de lucioles s’est envolé et nous l’avons suivi à travers les arbres. Nous n’avions pas peur de ce phénomène tout de même étrange, il faut bien l’avouer…du moins moi, je n’avais pas trop la frousse pour mon âge!
- Oser regarder et voir permet d’avancer sur le chemin de la connaissance, dit la voix offrant un grand sourire.
La pluie avait cessé mais il faisait encore sombre dans le ciel. Le mouchoir nous guidait toujours à travers les bois et le long de la rivière. Nous avons marché sans parler juste avec le désir de savoir et de comprendre le pourquoi de cette chose étrange. Arrivés à un gros rocher aussi lisse qu’un œuf, les lucioles se sont envolées et nous ont offert un feu d’artifice extraordinaire. Toutes les couleurs y étaient représentées mais ne me demandez surtout pas comment ces petits insectes avaient réussi un tel spectacle.
- La magie existe ou pas ? demande la voix en sortant une balle rouge de sa manche.
C’est vrai qu’avec notre père nous avons toujours cru en la magie mais quand même ! Et ce n’est peut-être pas par hasard que ma sœur est devenue, plus tard, magicienne. Après ce moment féerique nous avons assisté à quelque chose de plus curieux encore. En effet, une ouverture s’est formée - sous nos yeux - à travers le fameux rocher. Le trou y était assez vaste pour y passer debout. Nous sommes restés un certain temps devant hésitant à y entrer.
Jusqu’au moment où la voix est sortie du haut d’un arbre sur lequel était assis sur une branche un étrange homme vêtu comme un arlequin.
- Je suis le passeur de l’espoir et je crois que vous avez besoin de moi…
- Tu existes vraiment alors ? avait demandé ma sœur.
- Cela dépend de votre réalité et vos rêves, avait-il répondu.
- Moi, je crois aux rêves et papa dit que dans la vie tout est possible, disais-je.
- Je crois que votre père a raison mais… suivez-moi, allez ! venez… dit l’étrange arlequin en s’envolant jusqu’à un autre arbre.
- Là, ce n’est vraiment pas possible !!! avions-nous répondu en cœur.
A cet instant précis, nos jambes s’étaient éloignées du sol pour rejoindre cet homme si bizarre. Nous avions donc volé… Puis nous sommes restés près de lui - assis sur une branche - à l’écouter. Il nous avait expliqué que sa mission était d’aider les enfants malheureux afin qu’ils retrouvent l’espoir qu’ils avaient perdu.
Ce qui permettait ensuite de réaliser des choses extraordinaires ou - mieux encore - de réaliser des choses très simples mais que l’on pensait irréalisable. Avant de s’envoler, très haut dans le ciel, au-delà des montagnes.
- Regardez le rocher là-bas, une porte va s’ouvrir, dit-il en nous faisant signe d’y aller.
Ce que nous avons fait.
Au fur et à mesure que nous marchions, les parois s’éclairaient grâce aux lucioles qui étaient revenues à la demande de notre nouvel ami.
Au bout d’un moment, assez court d’ailleurs, nous avons atteint l’autre côté.
Et quelle ne fût pas notre surprise lorsque nous avons aperçu Luna et pot-de-colle nos chats que papa avait gardés. Nous étions bel et bien en France devant notre ancienne maison.
Etrangement, notre père ne semblait pas surpris et nous attendait même puisque la table était dressée sur laquelle nos plats préférés nous attendaient.
- L’imaginaire existe ou pas ? demande la voix en sortant une tortue bleue de sa chaussure.
Je me souviendrai jusqu’à mon dernier souffle de ce moment si merveilleux. Nous avions trouvé un passage qui nous permettait d’aller et venir entre la France et l’Argentine et nous en étions heureux. Personne d’autres que ma sœur, mon père et moi étaient au courant de ce passage, c’était notre secret que je vous dévoile aujourd’hui.
- Ainsi que moi ! dit l’arlequin avec un large sourire.
Nous avons fait continuellement des allers et retours profitant ainsi de nos deux parents et de nos deux pays. Nous avions deux maisons comme avant le départ. Nous avions les avantages sans les inconvénients.
Entre les deux continents, le temps était comme arrêté. Plus précisément le temps n’avait pas la même valeur. On avait calculé (surtout ma sœur!) qu’une heure avec notre père en France correspondait à une absence d’une minute là-bas.
Avant d’emprunter le chemin du possible, l’arlequin était toujours là, assis sur une branche. Il nous attendait, nous racontait de drôles d’histoire et nous apprenait des tours de magie.
- Il est temps de s’endormir maintenant…
C’est vrai qu’il est tard et je suis bien vieux, presque plus de cheveux et les fesses encore plus molles ! Je vais bientôt partir très loin, très haut, de l’autre côté des montagnes et des océans. Je ne sais pas où je vais me retrouver mais je reste persuadé qu’il y aura un arlequin et autre chemin qui me permettra de retrouver mes parents et tous ceux que j’aime…
- … dans les histoires comme dans la vie tout est possible !
Copyright Eric Lemoine
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